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Le « Mali kura » ne naîtra que du dialogue de ses territoires

A partir de 1993, la décentralisation de la gestion publique a été installée au Mali comme une stratégie majeure de la transformation de l’Etat par une meilleure mobilisation de toutes les capacités nationales. Cette mise en relation directe des besoins des acteurs locaux et la décision publique qui lui répond offre de multiples avantages que sont : i) une meilleure connaissance des attentes des populations, ii) la flexibilité dans les réponses aux attentes, iii) une meilleure possibilité de contrôle des citoyens sur les décideurs publics et iv) une possibilité de dialogue direct, donc d’un partenariat multiacteurs pour le développement du territoire. Cette responsabilisation des acteurs qui agissent sur les territoires locaux et régionaux ne signifie en rien la démission ou la destruction de l’État. C’est au contraire la voie qui permet : i) la mobilisation de toutes les capacités et expériences endogènes du pays pour la construction nationale, ii) la promotion d’une approche de dével

Le Mali est condamné à sortir des ruptures qui entretiennent des permanences

Au gré de mes lectures, je suis tombé sur l’extrait d’un discours prononcé en 1967 par Modibo Keita, le premier Président de la République du Mali,. Cet extrait a été rapporté par Cheick Oumar Diarra dans son livre « le Mali de Modibo Keita ». Pour ceux qui ne savent pas où qui ne se souviennent plus, 1967 est l’année d’exacerbation des contradictions et des oppositions entre les deux tendances au sein de l’USRDA. La première comprenait ceux qui étaient considérés comme la « droite du parti » et la deuxième, quant à elle, regroupait autour de Modibo Keita, lui-même, les partisans du « socialisme malien » appelés « fer de lance » du Parti. L’année 1967 c’est aussi celle de la « révolution active » qui entraina la dissolution du Bureau Politique National (BPN) et de l’Assemblée National remplacée par le Comité National de Défense de la Résolution (CNDR). Le Président Modibo Keita qui devait subir le premier putsch militaire quelques mois plus tard, le 19 novembre 1968, disait : «  Notre

Au Mali, pourquoi la multiplication des ruptures n’a pas permis les changements souhaités ?

La quatrième irruption des forces de défense et de sécurité sur la scène politique, le mardi 18 août 2020, qu’on l’appelle coup d’Etat ou démission forcée du Président de la République, n’est que le nouvel épisode des ruptures politico-institutionnelles qui émaillent l’histoire politique de notre pays depuis son accession à l’indépendance. Je pense qu’il est temps, pour les maliennes et maliens, de se poser les bonnes questions sur cette succession de ruptures afin d’en comprendre les causes. Ce qui nous permettra d’éviter la prochaine ou d’en faire une opportunité pour avoir les changements souhaités depuis soixante (60) ans. Le 20 juin 1960,  le Soudan Français et le Sénégal réuni    dans la Fédération du Mali accède à l’indépendance. Deux mois plus tard, le 20 août 1960, le Sénégal se sépare du Soudan Français qui devient la République du Mali en proclamant son indépendance le 22 septembre 1960. À l’occasion de cette proclamation, les dirigeants de l’ Union   Soudanaise   du Rassemb

Les dirigeants africains doivent apprendre à négocier avec leur peuple....

Après avoir été soumis, pendant des décennies, à des systèmes politiques, administratifs et économiques dirigistes, les peuples africains ont de plus en plus accès aux libertés de s’administrer, de s’associer, de s’exprimer, d’entreprendre et de culte. En plus, l’accès facile et généralisé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (téléphone, radio, télévision et réseaux sociaux) ont aussi contribué à élargir les espaces de liberté.  Les peuples, surtout dans leur composante rurale, longtemps maintenus dans l’ignorance, l’oppression et la résignation acceptent de moins en moins la soumission et ils sortent du fatalisme. Ils revendiquent d’être un partenaire qu’il faut écouter, consulter et à qui compte doit être rendu. Tout ce que les dirigeants, même dit « démocrates » ne savent pas encore faire. D’où les frustrations, les révoltes et les rebellions qui conduisent à des crises de plus en plus graves et souvent sans issues. Face à ces évolutions, au lieu d’être

Les réminiscences d’un confiné (2)

Thierno Bocar considérait le pouvoir comme une drogue puissante qui peut se révéler dangereuse entre des mains inexpérimentées. Il racontait à cet égard la parabole pleine d'humour « le trône et le garçon boucher » qui, hélas, n'a rien perdu de son actualité : « Un jour, un volcan se mit à vomir du feu pour châtier les hommes de leur iniquité. Ce feu se répandit sur toute l'étendue d'un vaste pays, consuma tout et fit périr les derniers des hommes valeureux de ce royaume, ne laissant que quelques survivants. Un ver bizarre et tout hérissé de poils, qui vivait jusqu'alors dans les entrailles de la terre, se trouva projeté sur le trône d'or du monarque, dans une salle du palais miraculeusement restée intacte. Atterrissant sur le trône royal, il y trouva une vilaine mouche de fosse d'aisances. La mouche dit au ver : « Coquin, vulgaire citoyen des souterrains obscurs, que viens-tu faire sur ce trône ? Va au large ou je te fais envoyer en pâture aux citoyens

Les réminiscences d’un confiné

Thierno Bocar répond à Amadou Hampaté Ba qui l’interroge sur la responsabilité des chefs : « La gravité de toute faute commise par un chef temporel ou religieux est proportionnelle à la superficie de son pays. L'efficacité en est multipliée par la densité des habitants de cette chefferie ou des adeptes de cette obédience,multipliée encore par le poids de la faute et augmentée de l'exagération des conteurs ambulants. Le tout est majoré du volumineux poids de la crédulité des masses. » Vie et enseignement de Thierno Bocar (page 178) Éditions Seuil 1980

Comment je vois le dialogue pour la paix et la stabilité au Mali

Depuis l’invasion de notre pays par des groupes armés, qui utilisent l’islam comme argument pour faire la guerre contre l’Etat et toutes ses représentations sur le territoire national, la question du dialogue avec ces nouveaux promoteurs de la «  djihâd  » s’est posée. Pendant longtemps, l’opinion publique a semblé détachée voire indifférente. Mais depuis la conférence d’entente nationale (2017), il est apparu clairement que la majorité des participants, qui se sont exprimés, n’était pas défavorable à la négociation avec des leaders comme Iyad Ag Agaly et Hamadoun Koufa. La phase finale du dialogue national inclusif (2019) a fini par montrer que l’opinion en majorité était partisane du dialogue. Donc la question faut-il négocier est définitivement répondue. Cependant deux questions majeures restent à éclaircir avant d’aller à ces négociations. La première question est : avec qui négocier ? Au-delà de Iyad Ag Ali et de Hamadoun Koufa qui semblent être les cibles dont on parle le