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IL FAUT SAUVER LE MALI

Après quatre (4) coups d’Etat et cinq (5) rebellions armées, sans oublier l’absence de l’Etat sur près de 2/3 du territoire national contrôlés par des milices et autres bandes armées, c’est simplement un manque de respect que de parler de conquête de pouvoirs, c’est à dire d’élections, avant d’écouter les maliennes et les maliens de tous les territoires sur les modèles d’Etat, de démocratie, de développement économique et de société qu’ils souhaitent, même si cela doit prendre 2 ans. Quand allons nous tirer les leçons de 2013 et de 2018 ?

Des élections précipitées ne mèneront pas à une refondation de l’Etat

Depuis plusieurs années, les populations maliennes de Kayes à Menaka, de Kadiolo à Taoudéni, les vieux et jeunes, les femmes et hommes de toutes ethnies et confessions religieuses ont un accès  de plus en plus  facile aux libertés publiques et à l’information à proximité. Ces populations rurales comme urbaines sont de moins en moins obéissantes et résignées. Elles revendiquent et exigent plus de respect, d’écoute, de considération et de mieux-être.  Mais la majorité des élites qui gèrent l’Etat n’a pas encore mesuré toutes les implications de cette mutation majeure sur l’organisation et le fonctionnement système politique et institutionnel du pays et les rapports gouvernants et gouvernés. L’Etat, malgré l’indépendance, a continué à maintenir les communautés locales dans des rapports de commandement, c’est à dire de soumission sans murmure, au besoin en les brutalisant. L’emballage du système colonial a changé, mais ses doctrines, ses perceptions et ses pratiques ont été conservées. Pir

Mon interview dans le quotidien national du Mali « Essor »

  Question : Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique de notre pays ? Ousmane Sy :  Comme tous les Maliens, je suis très préoccupé par l’évolution de la situation de notre pays. Parce que c’est une situation de crises qui s’aggrave de jour en jour. Cependant, je fais partie de ceux qui ne sont pas surpris par cette crise. Quand on analyse la trajectoire politique de notre pays, de son indépendance jusqu’à aujourd’hui, elle est caractérisée par une série de crises. Globalement, depuis la République soudanaise en 1958 jusqu’à aujourd’hui, pratiquement tous les dix ans, plus ou moins deux, nous avons eu une crise dans ce pays, des ruptures. Ce sont les grosses crises, mais quand on regarde entre ces crises, il y a eu des petites crises. Donc, je ne suis pas surpris par cette crise ni par sa profondeur. Parce que nous n’avons pas réussi à apporter des réponses durables à ces crises répétitives. Nous avons surtout cherché à gagner du temps jusqu’à  la prochaine crise. Je su

Le « Mali kura » ne naîtra que du dialogue de ses territoires

A partir de 1993, la décentralisation de la gestion publique a été installée au Mali comme une stratégie majeure de la transformation de l’Etat par une meilleure mobilisation de toutes les capacités nationales. Cette mise en relation directe des besoins des acteurs locaux et la décision publique qui lui répond offre de multiples avantages que sont : i) une meilleure connaissance des attentes des populations, ii) la flexibilité dans les réponses aux attentes, iii) une meilleure possibilité de contrôle des citoyens sur les décideurs publics et iv) une possibilité de dialogue direct, donc d’un partenariat multiacteurs pour le développement du territoire. Cette responsabilisation des acteurs qui agissent sur les territoires locaux et régionaux ne signifie en rien la démission ou la destruction de l’État. C’est au contraire la voie qui permet : i) la mobilisation de toutes les capacités et expériences endogènes du pays pour la construction nationale, ii) la promotion d’une approche de dével

Le Mali est condamné à sortir des ruptures qui entretiennent des permanences

Au gré de mes lectures, je suis tombé sur l’extrait d’un discours prononcé en 1967 par Modibo Keita, le premier Président de la République du Mali,. Cet extrait a été rapporté par Cheick Oumar Diarra dans son livre « le Mali de Modibo Keita ». Pour ceux qui ne savent pas où qui ne se souviennent plus, 1967 est l’année d’exacerbation des contradictions et des oppositions entre les deux tendances au sein de l’USRDA. La première comprenait ceux qui étaient considérés comme la « droite du parti » et la deuxième, quant à elle, regroupait autour de Modibo Keita, lui-même, les partisans du « socialisme malien » appelés « fer de lance » du Parti. L’année 1967 c’est aussi celle de la « révolution active » qui entraina la dissolution du Bureau Politique National (BPN) et de l’Assemblée National remplacée par le Comité National de Défense de la Résolution (CNDR). Le Président Modibo Keita qui devait subir le premier putsch militaire quelques mois plus tard, le 19 novembre 1968, disait : «  Notre

Au Mali, pourquoi la multiplication des ruptures n’a pas permis les changements souhaités ?

La quatrième irruption des forces de défense et de sécurité sur la scène politique, le mardi 18 août 2020, qu’on l’appelle coup d’Etat ou démission forcée du Président de la République, n’est que le nouvel épisode des ruptures politico-institutionnelles qui émaillent l’histoire politique de notre pays depuis son accession à l’indépendance. Je pense qu’il est temps, pour les maliennes et maliens, de se poser les bonnes questions sur cette succession de ruptures afin d’en comprendre les causes. Ce qui nous permettra d’éviter la prochaine ou d’en faire une opportunité pour avoir les changements souhaités depuis soixante (60) ans. Le 20 juin 1960,  le Soudan Français et le Sénégal réuni    dans la Fédération du Mali accède à l’indépendance. Deux mois plus tard, le 20 août 1960, le Sénégal se sépare du Soudan Français qui devient la République du Mali en proclamant son indépendance le 22 septembre 1960. À l’occasion de cette proclamation, les dirigeants de l’ Union   Soudanaise   du Rassemb

Les dirigeants africains doivent apprendre à négocier avec leur peuple....

Après avoir été soumis, pendant des décennies, à des systèmes politiques, administratifs et économiques dirigistes, les peuples africains ont de plus en plus accès aux libertés de s’administrer, de s’associer, de s’exprimer, d’entreprendre et de culte. En plus, l’accès facile et généralisé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (téléphone, radio, télévision et réseaux sociaux) ont aussi contribué à élargir les espaces de liberté.  Les peuples, surtout dans leur composante rurale, longtemps maintenus dans l’ignorance, l’oppression et la résignation acceptent de moins en moins la soumission et ils sortent du fatalisme. Ils revendiquent d’être un partenaire qu’il faut écouter, consulter et à qui compte doit être rendu. Tout ce que les dirigeants, même dit « démocrates » ne savent pas encore faire. D’où les frustrations, les révoltes et les rebellions qui conduisent à des crises de plus en plus graves et souvent sans issues. Face à ces évolutions, au lieu d’être