Nous avons besoin de consensus pour construire l'avenir

Les plus de trois décennies de monopartisme et de parti-Etat ont laissé, dans notre culture politique, des traces profondes que nous avons encore du mal à faire disparaître. Il en est ainsi des tabous posés sur certains concepts, au point d'en diaboliser tout usage. Le consensus, l'autonomie et la diversité sont en tête de ces concepts dont tout usage est devenu tout simplement politiquement incorrect.

En ce qui concerne le consensus, qui est l'objet de mon propos, sa simple évocation, de nos jours, est synonyme de posture anti-démocratique. Au point que certains leaders, tout en appelant tous les acteurs politiques à échanger en vue de se mettre d'accord sur un minimum de questions essentielles concernant le futur de la nation malienne, tiennent prudemment à rappeller qu'ils ne prônent tout de même pas le recours au consensus.
Dans un pays comme le notre, où le capital social dominant est bâti sur "fo ka ben" qui signifie se parler pour arriver à un accord ; comment en est on arrivé à la diabolisation du mot consensus ? Les difficultés et la faiblesse du débat d'idées, à mon avis, en sont les raisons principales. Le mot consensus a été faussement assimilé au système politique que le Président ATT a mis en place au point d'en bannir son usage. Certaines personnes n'hésitent même pas à dire que le consensus est anti-démocratique. Je ne sais pas où elles sont allées trouver ça.
Je me rappelle que dans "le manifeste" publié dans le cadre de l'ADJ en 2006, nous avions rappellé qu'ATT faisait dans l'unanimisme et non dans le consensus qui est une démarche de recherche patiente du compromis nécessaire à toutes constructions politiques solides et durables. Le site toupie.org, défini le consensus comme "un accord tacite ou explicite entre plusieurs personnes sur un sujet déterminé. C'est un processus de recherche du consentement le plus large, sans recourir à un vote formel préalable, au moyen de discussions, en dépassant les blocages et les clivages entre des positions différentes, voire divergentes, pour arriver à un compromis acceptable". Ce qui n'est pas bien loin de notre "fo ka ben" précédemment évoqué.
Le consensus correspond à un processus dans lequel il s'agit pour chacun de résoudre un problème plutôt que de chercher à gagner une bataille. Il s'agit de prendre une décision " tous ensemble" plutôt que "toi contre moi". Selon le principe consensuel, aucune décision n'est prise avant que tous les participants ne l'acceptent. L'obtention de la décision consensuelle peut prendre du temps car il est le produit patient de toutes les meilleures idées et volontés dans un groupe, dans un esprit de cohésion et d'équilibre. Les minorités sont présentes et entendues tout au long du processus (et pas seulement à la fin) : la décision est élaborée collectivement.
Le consensus est donc une modalité démocratique de prise de décision ou de faire des choix. La première démocratie connue qu'est la démocratie athénienne avait comme bases primordiales l'assemblée générale des citoyens et le tirage au sort. Donc le vote ne peut pas être la modalité exclusive du choix ou de la décision démocratique. Mais de nos jours et sous nos cieux, la démocratie a été réduite à quelques modes de faire comme le vote et la confrontation de personnes au lieu des projets. Cette vision restrictive de la démocratie ne privilegie pas la recherche des convergences indispensables à la sortie de crise pour un pays et une nation meurtrie comme le Mali. Pour un temps, tout au moins jusqu'au retour à une situation normale, la recherche du consensus sur des questions majeures doit être la règle et non l'exception.
Bonne année 2016
Que Dieu le Tout Puissant sauve le Mali



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