Pour une sortie de crise au Mali, les partenaires internationaux aussi doivent se remettre en cause

La crise profonde que vit le Mali, loin d'être un accident de parcours, est le résultat d’une série d’incohérences structurelles à la fois politiques, institutionnelles, économiques, voire sociales, dans lesquelles le pays s’est installé depuis plusieurs décennies. Les causes premières de ces incohérences doivent être recherchées dans des choix de gestion publique, certes validés par les autorités maliennes, mais le plus souvent, prescrits par les agences bilatérales et/ou multilatérales dénommées « partenaires au développement» avec l’accompagnement de leurs spécialistes et assistants techniques. 


La co-responsabilité de ces partenaires dans le résultat désastreux de ces mauvais choix politiques est une évidence en raison de l’accompagnement (les aides budgétaires, les aides par projets et les coopérations décentralisées) bienveillant, souvent complice, de toutes les incohérences politiques et techniques en cours depuis plus de cinq (5) décennies.
Les mauvaises habitudes de la coopération pour le développement qui sont aussi à la source des échecs et qu’il faut reformer sont entre autres : la prescription, la substitution et la défiance assumée ou non assumée par rapport aux réalités et capacités endogènes du pays. Les têtes pensantes des agences de coopération devront arrêter de privilégier, voire d’imposer par le chantage, l’exclusivité de la programmation du développement à court et moyen termes et des démarches sectorielles qui ne sont ancrées dans aucune vision long terme et sur les territoires. La planification prospective et les stratégies territoriales qui permettent le respect des spécificités humaines et des territoriales du pays sont ignorées, bloquées, sinon stigmatisés dans « les documents de référence » dont ils encadrent idéologiquement, techniquement et financièrement les processus de préparation. Il en est ainsi des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), des objectifs de développement durable (ODD) et autres cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté (CSLP), etc...
L’imposition de normes et modèles non adaptés, au détriment de la démarche d’enrichissement des pratiques endogènes, ne donnera jamais de résultats probants sur la vie quotidienne de la majorité de la population malienne et africaine. Il s’agira de partir de ce qui est connu et se fait pour l’améliorer au lieu de chercher à plaquer des recettes venues d’ailleurs qui ne marchent pas. Il faut faire confiance et responsabiliser les compétences nationales au lieu d’en faire des accompagnateurs d’assistants techniques ou experts internationaux qui sont en majorité plutôt des apprenants. Il faut inciter à faire confiance et oser responsabiliser les administrations et les acteurs de proximité au lieu de continuer à privilégier  les ancrages centralisés parce que plus rassurants parce que plus faciles à encadrer.


Les interrogations sur les mauvais choix de gestion publique qui ont conduit à la crise et l’exigence de  la reforme doivent aussi concerner les partenaires au développement. L’objectif du moment ne doit pas être simplement la reprise de « l’aide », si importante qu’elle puisse être en volume, mais surtout l’engagement d’un processus de reforme du fondement et des modalités de la coopération pour le développement.
Coopérer, c’est avoir un intérêt mutuel à échanger solidairement face à des défis communs (la pauvreté, les inégalités, les migrations internes et extérieures, et les grandes pandémies qui ignorent les frontières) et aux menaces anciennes et nouvelles (l’intégrisme religieux, les trafics multiples et le terrorisme qui les accompagnent) qui interrogent certes le Mali mais aussi le Sahel, l’Afrique et le monde dans son ensemble. Cette forme de coopération est différente de celle en cours « du cheval et du cavalier » ou de celle « de la main qui donne qui forcement est au dessus de celle qui reçoit ». La coopération souhaitable doit être « gagnant/gagnant ». Des décennies de coopération pour le développement, le Mali n’a gagné que la crise et c’est faire dans la facilité ou du manque d’objectivité que de penser ou dire que c’est seulement la faute du partenaire malien.



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