Mes propositions pour la préparation et la tenue de la Conférence d’Entente Nationale


1. L’approche stratégique proposée :
Les crises cycliques qui ont jalonné le septentrion de notre pays nécessitent un traitement politique. A cet égard, l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger, paraphé et signé en mai et en juin 2015 à Bamako, a prévu une Conférence d’Entente Nationale comme moyen de dégager les éléments d’une solution devant permettre de transcender les douloureuses épreuves occasionnées par ces crises répétitives en valorisant la contribution des différentes composantes de notre nation au renforcement de l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale.
L’article 5 de l’Accord indique que cette conférence « devra dégager les éléments d’une solution devant permettre au Mali de transcender sa douloureuse épreuve, de valoriser la contribution de ses différentes composantes à l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale. Une Charte pour la Paix, l’Unité et la Réconciliation nationale sera élaborée, sur une base consensuelle, en vue de prendre en charge les dimensions mémorielle, identitaire et historique de la crise malienne et de sceller son unité et son intégrité territoriale ».
Cette conférence doit en conséquence être le processus politique à travers lequel la nation malienne fortement ébranlée, se retrouve, se réconcilie avec elle-même et se projette dans l’avenir à l'issue d’une des crises des plus graves de son histoire contemporaine. Elle donne ainsi une occasion unique pour mobiliser l’ensemble des populations maliennes, dans leur diversité, autour de la construction des grands axes d’un projet collectif bâti sur les valeurs, les aspirations et les engagements pour la construction d’un Mali uni, stable et prospère.
Vu les espoirs et l’ambition qu’elle porte cette conférence doit faire l’objet d’une préparation minutieuse et la plus inclusive possible. A cet effet, la méthode d’organisation doit rompre avec les démarches classiques d’organisation de grands foras et autres rencontres publiques. Il ne s'agit pas simplement d'un forum national de délégués venus de l’intérieur du pays et de l’extérieur du pays, mais d'un processus de concertation citoyenne devant impliquer l’ensemble des représentants de communautés, des acteurs institutionnels, de la société civile et du secteur privé et à toutes les échelles du territoire national (local, régional et national). La finalité recherchée de ce processus étant la réaffirmation de la volonté profonde des maliennes et des maliens de vivre ensemble dans le respect de leur diversité et l’émergence d’un nouveau contrat-social qui pourrait indiquer les grandes orientations pour toutes les reformes politiques et institutionnelles à venir.
2. Les principes fondamentaux qui doivent guider la conférence :
partir de la réflexion collective des diverses communautés sur les causes/origines de la crise, les questions qu’elle pose et les réponses possibles en mettant en exergue les valeurs à promouvoir pour en sortir ;
ouvrir un débat public libre sur les modalités actuelles de gestion des affaires publiques et les réformes politiques, institutionnelles et économiques qui s’imposent ;
systématiser la participation de l’ensemble de la société malienne au débat public à travers sa diversité, tant au plan de l'occupation du territoire qu'au plan socio-culturel ;
évaluer le capital de connaissances actuelles et des savoirs faire communautaires sur les modes de régulation sociale, institutionnelle et politique et leur mobilisation pour la paix et la réconciliation nationale ;
mobiliser les contributions matérielles, intellectuelles, voire financières de toutes les forces vives de la Nation que sont les acteurs politiques, associatifs, les universitaires, les femmes, les jeunes, la diaspora dans un processus participatif et inclusif ;
assurer l’ancrage politique et institutionnel du processus par une large animation sociale et médiatique.
3. L’objectif stratégique :
La Conférence d’Entente Nationale doit être abordé comme un processus qui doit faire émerger, à partir des différents territoires et des différentes couches socioprofessionnelles et à toutes les échelles du pays en partant des cercles, une vision partagée de la crise et des perspectives de sortie.
4. Les résultats attendus du processus :
la mobilisation de l’ensemble des composantes de la nation malienne dans un débat public sur la refondation de l’Etat et la réconciliation ;
le recueil et la prise en compte des contributions de l’ensemble des composantes de la nation ;
l’identification des valeurs, des défis et des engagements communs qui fondent la volonté du vivre ensemble des populations maliennes ;
la construction de perspectives communes pour l’avenir du Mali systématisées dans le cadre d’une Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale.
5. La méthodologie de mise en oeuvre :
Le processus d’organisation de la Conférence d’Entente Nationale doit s’étaler sur une période de deux (2) à trois (3) mois au plus, à travers une démarche ascendante partant des cercles vers le niveau national. La méthodologie de mise en œuvre doit être structurée autour de sept (7) étapes :
Etape 1 : le cadrage méthodologique et la mise en place du dispositif de travail, il s’agit de mettre en place une équipe légère d’experts chargée : de la proposition des sujets à mettre en débat, de la conception de la stratégie et des outils techniques et pédagogiques d’animation et de restitution, de la proposition de l’équipe de pilotage et enfin de la planification de l’ensemble de l’exercice.
Etape 2 : l’élaboration d’une stratégie de communication et d'information grand public pour s'assurer que la démarche est bien comprise dans ses buts et ses modalités et fait l’objet d’un véritable ancrage social et institutionnel.
Etape 3 : la formation au niveau national et régional des équipes techniques à la méthodologie et aux outils d’animation et de prise de notes pour les synthèses régionales et la synthèse national.
Etape 4 : la tenue des concertations citoyennes au niveau de chaque cercle. Ces concertations se dérouleront, si possible, dans la même semaine dans tous les cercles et regrouperont des délégués des communes. Il peut être demander à chacune de ces communes de prendre en charge les frais de séjours de leurs délégués comme contribution au dialogue national. La contribution de l’Etat pourrait être une indemnité pour le transport.
Etape 5 : la tenue des synthèses régionales qui seront organisées dans la même semaine dans toutes les régions et qui regroupement des délégués des concertations citoyennes par cercles et des représentants de structures politiques, administratives et socio-professionnelles de la région. il s’agira de l’animation d’espaces de dialogue régional au niveau de chaque région.
Etape 6 : la tenue de la synthèse nationale qui regroupera des délégués des régions et les représentants des structures politiques, administratives et socio-professionnelles du niveau national, des représentants de la diaspora et des institutions nationales et internationales.
Etape 7 : il s’agira pour l’équipe d’experts d’effectuer une synthèse transversale pour la systématisation des grands axes des reformes à entreprendre et de la Charte pour la Paix, l’Unité et la Réconciliation nationale.
6. Le dispositif de pilotage du processus :
Le dispositif de pilotage et de coordination pour la mise en œuvre de la Conférence d’Entente Nationale doit comprendre au plan national : un Comité National de Coordination, une Cellule d’Appui Technique (CAT) au niveau de chaque région, du district de Bamako et au niveau de chaque cercle. Un texte précisera le mandat, la composition et les modalités de fonctionnement de chacune de ces structures.
Ousmane SY
Ancien ministre
Leader de l’équipe de négociation sur le volet politique
et institutionnel de l’Accord pour la paix


Commentaires

Malheureusement ,il y a peu de cadres conduisant l"accord qui comprennent cette approche participative basée sur les valeurs positives , il va falloir y travailler pour cela. Nos cadres sont des administrateurs civils , des commandants qui connaissent très peu les priorités des peuples maliens du Nord comme au Sud
Ousmane SY a dit…
Je suis d'accord mon frère qu'il faut y travailler. Courage

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