Sauvons l'Accord pour la paix et la réconciliation pendant qu'il est encore temps

Mon parcours politique et professionnel m’a appris que le leader indique l’objectif à atteindre et les gestionnaires proposent le chemin le plus court et le moins coûteux pour l’atteindre. Ceci me fait percevoir l’Accord pour la paix et la réconciliation issu des pourparlers d’Alger et signé à Bamako comme un arrangement politique bâti autour d’un ESPRIT et d’une LETTRE. Construire un Mali uni, stable et prospère est l’esprit de l’Accord ; les réformes et les moyens à mobiliser pour y parvenir en sont la lettre.

Après la signature de l’Accord de Ouagadougou du 18 juin 2013, qui a permis le retour à la normalité républicaine grâce à l’organisation des élections présidentielles et législatives, les longs mois de pourparlers sous l’égide de la communauté africaine et internationale ont abouti à l’Accord de Bamako finalisé le 20 juin 2015 et dont la finalité est la construction d’un Etat fort, parce qu’accepté par les maliennes et les maliens.

L’esprit de l’Accord a permis aux protagonistes maliens d’abandonner la confrontation armée pour le dialogue politique. La confrontation pacifique de différents projets politiques pour notre Nation doit permettre, à partir d’une analyse partagée du contexte de crise qui caractérise notre pays depuis des décennies, de s’entendre sur les réformes prioritaires à engager et les voies de mobilisation des moyens humains et financiers permettant leurs mises en oeuvre. Cette mobilisation de toutes les maliennes et de tous les maliens autour d’une vision commune de notre pays nous permettra aussi de faire face dans la cohésion aux visées pacifiques ou guerrières des autres.

La lettre de l’Accord indique les principales reformes à engager dans les domaines politiques et institutionnels afin de garantir aux populations maliennes, dans toute leur diversité et sur tout le territoire national, l’accès équitable à un service public de qualité, la sécurité pour elles et leurs biens et l’accès à un emploi stable et un revenu décent. Ces réformes devront aussi permettre l’édification d’un Etat capable d’assurer mieux de justice à ces citoyens et de réconcilier ses diverses communautés dont la cohésion a été fragilisée par l’occupation des 2/3 du territoire par les narco-terroristes.

Cependant depuis sa signature, le politique qui doit porter et expliciter l’esprit a laissé l’Accord entre les mains des gestionnaires qui se disputent sur la lettre. Pour l’opinion, les initiatives prises se résument à des tiraillements entre le gouvernement et les mouvements armés sur certains aspects de la lettre en omettant d’évoquer et de mettre en avant l’esprit qui soutient et donne sens à l’Accord. La conséquence est qu’aujourd’hui le débat sur la mise en oeuvre de l’accord porte plus sur l’accessoire (la phase transitoire) que sur l’essentiel (les causes de la crise et la pertinence des réformes identifiées pour en sortir).

Les divergences sur les autorités intérimaires dont l’installation n’est prévue dans l’Accord que là où c’est nécessaire et la constitution des patrouilles mixtes pour sécuriser le retour des réfugiés dans leurs terroirs d’origine ont relégué au second plan la préparation des voies et moyens pour aller à la Conférence d’Entente Nationale qui est au coeur de l’Accord. Or cette conférence a vocation d’offrir à toutes les composantes de notre nation, en difficulté, une occasion de débattre et de se mettre d’accord sur les contours et le contenu du nouveau Mali que nous devons tous ensemble bâtir.

J’ajoute ma voix à celles de beaucoup d’autres personnes qui demandent avec insistance, depuis plusieurs mois, de mettre en première priorité la préparation et la tenue de la conférence d’entente nationale. Cette vaste concertation nationale à entreprendre à partir du niveau local est aujourd’hui une urgence si nous voulons faire de cette crise grave une opportunité pour changement tant attendu et réclamé depuis plusieurs années dans notre pays. Pour sauver l’Accord, retrouvons nous autour de son esprit qui est l’essentiel pour le Mali, nous donnant ainsi les moyens de résoudre les difficultés liées à la lettre et pourquoi pas la modifier si la confiance renaît entre nous.

Ousmane SY
Commandeur de l’Ordre National

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