Construisons la paix au lieu d'installer la guerre dans les régions du Centre du Mali

Depuis l'extension progressive dans les régions du Centre (Mopti et Ségou) de la crise sécuritaire qui s'est installée depuis près de quatre (4) ans au Mali, de plus en plus de voix s'élèvent pour parler d'un problème peul. D'aucun n'hésite même pas à crier au génocide dont les communautés peuls seraient les victimes. Bien sûr, les "bonnes âmes", intellectuels, chercheurs, experts, les droits de l'hommiste et les ONGs de toutes origines et de tous acabits, accourent de partout pour avoir une place de choix dans le partage des "dividendes" de la crise au Mali et au Sahel.

Les peuls ne peuvent pas être un problème au Mali en raison de leur dissémination sur tout le territoire national et de leur métissage avec l'ensemble des autres communautés ethniques du pays. Quand vous appelez les peuls au Mali; plusieurs communautés répondent présents. Ce sont les peuls du Khasso, les peuls du Birgo, les peuls du Wassoulou, les peuls du Ganadougou, les peuls du Macina, les Haoussa Foulane, etc... Je peux continuer en disant que toutes les communautés ethniques maliennes ont cohabité et/ou uni à divers degrés avec les peuls. Certaines communautés peules, comme les wassouloukés et les ganas ont même perdu l'usage de la langue tout en continuant à revendiquer l'identité peule.

Les peuls sont le liant de ce pays. Chaque bamanan, malinké, etc.. a son "petit" peul et chaque peul a son "gros" bamanan ou malinké, etc... Mon aîné et ami Richard Toé m'a raconté que : "lorsque les francais (blanc) ont été annoncés sur la rive gauche du fleuve Niger à Ségou, le Roi a demandé à ses guetteurs d'aller se renseigner sur l'origine de ces peuls. Quand les guetteurs sont revenus dire que ces peuls ne semblent appartenir à aucune communauté du royaume, le Roi demanda alors de les chasser parce que n'y a pas de peul qui "n'appartienne" pas à une communauté du royaume de Ségou". Tout ceci n'a bien sûr pas empêché des conflits de cohabitation entre les sédentaires cultivateurs et les peuls éleveurs qui transhument dans tout le Sahel. Mais ces conflits ont été prévenus ou gérés par des institutions et des règles capables de préserver le vivre ensemble dans la paix et l'acceptation mutuelle.

A mon avis, la dégradation actuelle de la situation sécuritaire, au point de menacer le vivre ensemble entre les communautés, est liée à la conjonction de deux difficultés majeures. La difficulté grandissante que les populations de la zone du delta du fleuve ont à mener et à faire cohabiter leurs activités de production. Les bambaras, les sonrhaïs, les markas et certaines populations peules (rimaïbés) sont des agriculteurs. Les bozos et les somonos sont des pêcheurs. Les peuls sont en majorité des éleveurs transhumants. Toutes ces activités cohabitaient sur les mêmes espaces en fonction de la crue et de la décrue du fleuve Niger, de ses divers bras et affluents. Des règles acceptées et des autorités de gestion et de régulation ont été établies au niveau des communautés. Cependant, les projets de développement mal pensés, les sécheresses et la dégradation des ressources naturelles (terres et pâturages) et surtout les mauvais comportements des agents publics (administrateurs, juges, forces de sécurité et des eaux et forêts) ont fortement perturbé les systèmes de production du delta du Niger et les règles de vie commune des communautés. À cette situation déjà complexe et explosive s'est ajoutée l'arrivée massive des refugiés suite à l'occupation des cercles de Douentza, Tenenkou et Youwarou et la région voisine de Tombouctou. L'insécurité, qui en a résulté, a fortement perturbé la transhumance des animaux et toutes les autres activités économiques de zone. Elle a créé le terreau fertile pour l'implantation et la floraison des mouvements religieux extrémistes qui demeuraient marginaux.

Toutes les communautés vivant dans ses régions sont concernées par cette dégradation des conditions de vie et surtout par l'insécurité qui provoque le repli de l'Etat, de ses services et agents publics. Donc le problème que l'Etat rencontre dans les régions du centre ne concerne pas seulement les peuls, mais toutes les communautés. La lecture strictement peule de la crise des régions du centre du Mali est non seulement fausse et incomplète, mais surtout dangereuse pour le pays et même pour la communauté peule. Le gouvernement et ses partenaires se doivent de bien comprendre le problème avant d'agir. Ensuite, l'envoi de la force armée ne doit pas et ne peut pas être la seule réponse. La construction de la paix dans le centre du pays doit être entamé à partir de la mobilisation et de l'implication des acteurs locaux dans des initiatives communautaires et intercommunautaires. Tous ceux qui se plaignent ou qui ont des griefs contre l'Etat dans cette zone ne sont pas des  adeptes du jihadisme et en sont même souvent assez loin. Les Iyad, Amadou Koufa et consorts cultivent sur les frustrations réelles des populations que l'Etat doit faire l'effort d'écouter et de résoudre. La stabilité du pays et la construction de la paix et de la concorde nationale passeront par la reconnaissance et l'implication des diverses communautés qui se connaissent et qui ont développé des procédés nettement plus efficaces que les rencontres commandées et montées de Bamako.

Commentaires

Tolo malick aly a dit…
nul n'est épargné au mali de la prédation homologué. les descendance nous en disent mieux

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