Le G5 Sahel, mettons tous les agendas sur la table !!!


Les initiatives du « G5 Sahel » concernent certes le Sahel….
Depuis plus de deux ans, cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), soutenus par un leadership très engagé de la France, ont décidé de mutualiser leurs forces armées et de sécurité pour faire face à la déstabilisation de leur État respectif. Sous la pression d’une nébuleuse de groupes politico-religieux qui prétendent « libérer » leurs communautés ou faire le jihad, le Sahel devient progressivement un hub international pour le terrorisme et tous les trafics illicites (drogues, armes et migrants). Une insécurité grandissante s’installe, non seulement pour les sahéliens et leurs voisins immédiats, mais aussi pour les européens qui craignent les attentats et l’invasion des migrants sahéliens et africains.
Les Chefs d’État du Sahel, coachés par le Président de la France, se sont lancés dans des initiatives de mobilisation des financements internationaux pour entreprendre les opérations militaires de riposte et de sécurisation des populations par une force conjointe du G5 Sahel. Dans la même foulée, la France tente de mobiliser d’autres donateurs internationaux dans une « Alliance pour le Sahel » qui viendrait soutenir techniquement et financièrement des programmes de développement qui stabiliseraient les pays du Sahel. 

Mais les réponses en cours ou en préparation ne sont pas à la mesure des impasses auxquelles les pays du Sahel sont confrontés. 
La force conjointe du G5-Sahel, comme l’Alliance pour le Sahel pourront certes donner du répit, mais elles ne sont pas des réponses pour des solutions durables à l’insécurité grandissante et au mal développement que vivent les pays du Sahel. Comme par le passé, ce sont les conséquences et non les causes des dysfonctionnements politiques, institutionnels, économiques et sociaux qui sont évoquées et traitées. Il reste aussi la grande question, non encore répondue, de l’absence du Sénégal de cette initiative sahélienne. Il n’y aura pas de paix, de sécurité, de stabilité et de développement au Sahel sans le Sénégal.
Les opérations militaires et de sécurisation prévues par la force conjointe se résument, pour le moment, au déploiement de forces armées au fuseau centre (Mali) et au fuseau l’Est (Niger et Tchad) de la zone concernée. En ce qui concerne cette force conjointe, les spécialistes des questions militaires s’interrogent sur l’efficacité de sa stratégie sur le terrain. Les deux grands handicaps étant le manque de visibilité, même à moyen terme, de l’initiative et le poids des charges récurrentes des opérations de terrain en cours qui sont hors de portée des pays du Sahel concernés. Un rapport de mars 2018 d’une commission de sénateurs français indique que : « La force conjointe est survalorisée sur le plan politique. Or elle mettra des années à atteindre une véritable efficacité opérationnelle »[1]Quant à l’Alliance pour le Sahel, en préparation, elle compte s’attaquer à toute une série de défis que les États et leurs partenaires internationaux essayent de relever depuis plusieurs décennies sans résultats probants et surtout durables. Mieux, elle soulève plusieurs questions qui n’ont pas encore de réponses claires. Cette alliance concerne-t-elle seulement les pays « donateurs » ? Quelle est la place des sahéliens dans la préparation et la mise en œuvre de l’initiative ? Pourquoi les autres pays et organisations internationales donateurs accepteront le leadership de la France sous le prétexte que son expertise est mieux implantée et connaît mieux les problèmes du Sahel ? Quelle vision politique soutient le G5 Sahel pour éviter que la région ne soit un cimetière d’armements et de projets ratés. Comment éviter, comme par le passé, que les programmes d’intervention préparés ne répondent plus aux solutions des donateurs qu’aux questions des sahéliens ?
La sortie durable de la crise au Sahel passera d’abord par la mobilisation des connaissances, des initiatives et des moyens des sahéliens.
Dans leur conception actuelle, la Force Conjointe et l’Alliance pour le Sahel ne répondent durablement à aucune des questions qui interrogent les pays concernés et les anciennes approches et pratiques de coopération des « donateurs ». Or les échecs passés dans les pays du Sahel sont aussi ceux des partenaires internationaux qui ont fait plus qu’accompagner les décideurs sahéliens depuis plusieurs décennies. Le rejet des modèles d’État importés non accepté par des communautés locales, aujourd’hui plus libres et mieux informées, est au cœur des multiples crises de plus en plus graves des pays du Sahel. Les questions encore difficiles comme la non pertinence des modèles politiques d’exclusion, des modèles institutionnels uniformisant et des modèles économiques inégalitaires et inéquitables qui déstructurent les sociétés sahéliennes ne sont pas encore clairement posées ou sont contournées. Pourtant, ce sont ces incohérences que l’accès des populations à plus de libertés et plus de responsabilités exacerbent. Là sont les causes profondes des faiblesses congénitales des États sahéliens qui, depuis leur naissance, n’ont réussi à asseoir ni une légitimité ni une crédibilité durable aux yeux des communautés qu’ils ne veulent que soumettre et dominer. Toutes réponses en dehors des acteurs sahéliens ne sauraient être à la mesure de ces défis majeurs. Alors, évitons de dépenser de l’argent, de l’énergie et du temps pour des initiatives qui ne feront pas bouger le Sahel, à moins qu’il n’y ai un agenda caché sous la table !!!


[1]Dans Afrique, Opérations par Laurent Lagneau le 28-04-2018 

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