L’initiative « Alliance Sahel » peut-elle rénover la coopération avec les pays du Sahel sans apprendre les leçons des échecs du passé ?

Il y a quelques semaines, j’ai lu une contribution de l’Ambassadeur Jean Marc Châtaigner, envoyé spécial pour le Sahel au Ministère des Affaires étrangères français. Dans son plaidoyer pour l’initiative prise par la France, originellement appelée "Alliance pour le Sahel" puis "Alliance avec le Sahel" qui a fini par l’appellation définitive "Alliance Sahel", il plaide pour une indispensable rénovation de l'aide publique au développement dans les situations d'urgence et de crise du Sahel ?

Les concepts clés proposés dans cette contribution qui ambitionne de rénover l’aide du Sahel en crise sont : la coordination, le partenariat et l’opérationnalité. Cependant, à regarder de près, pour que la coopération internationale avec le Sahel soit plus efficace, la coordination doit se faire surtout avec les gouvernements sahéliens mais pas se limiter aux seuls les pays et organismes qui financent. Quant au partenariat, elle doit être pensée dans la durée, c’est à dire sur le long terme. Ce sont les stratégies et les programmes pensés et mis en œuvre dans l’urgence qui ont conduit les pays sahéliens à la ruine et la crise. Enfin, je suis de ceux qui croient que toute approche opérationnelle du développement non ancrée dans une véritable pensée sahélienne est vouée à l’échec. Il est temps d’apprendre des leçons des échecs du passé.

Il est temps aussi que les partenaires financiers admettent que la crise du Sahel n’est pas conjoncturelle mais structurelle. Donc sa résolution durable ne se fera pas seulement avec des opérations d’urgence qui sont certes nécessaires mais pas suffisantes. Les gouvernements des pays sahéliens se sont toujours laissés séduire et enfermer dans des réponses court-termistes, sinon d’urgence qui n’ont fait qu’affaiblir les pays en aggravant leur dépendance politique et économique. La sortie durable de la crise passera par une révision encore difficile, mais nécessaire des stratégies et des pratiques aussi bien au niveau des pays que de leurs partenaires internationaux. 

Enfin, la question de l’insécurité est actuellement au cœur de toutes les interventions des partenaires internationaux au Sahel. Qu’elles soient strictement militaro-sécuritaires (EUCAP-SAHEL ou EUTM) ou proposées pour le développement (PSDNM, PSIRC ou PARSEC ), les réponses en cours peuvent donner du répit mais ne résoudront pas la crise. Car l’insécurité qui se généralise de plus en plus à tous les pays n’est que la conséquence et non la cause des nombreux maux qui assaillent les territoires et pays sahéliens depuis des dizaines d’années.


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