Quand des acteurs locaux se mobilisent pour la paix

Suite aux malheureux et graves affrontements qui ont eu lieu dans le cercle de Bandiagara, les ressortissants regroupés dans l’Association pour le Développement du Cercle de Bandiagara (ADB) ont décidé d’envoyer une mission de prise de contacts avec les acteurs locaux afin de contribuer à l’apaisement et surtout la recherche de solutions venant des acteurs de proximité. En tant qu’un des présidents d’honneur de l’Association, j’ai été membre de cette délégation. Au cours d’une rencontre qui s’est tenue, le samedi 30 mars 2019 au Conseil de Cercle, nous avons assisté à une importante prise de parole que j’ai souhaité partager.
Après le démarrage des échanges, le modérateur que j’étais a vu un groupe d’environ cinq à six personnes rentrer dans la salle et installer dans l’allée centrale une enclume, des soufflets, des marteaux, des pinces et autres instruments de travail. N’étant pas informé de cette incursion assez inattendue, j’ai demandé à un des organisateurs d’aller s’informer sur l’identité et les intentions de ces personnes qui n’avaient pas une appparence hostile, mais qui concluaient chaque intervention par le bruit d’un coup de marteau sur l’enclume. Peu de temps après, il me revient que se sont des forgerons de Bandiagara qui ont décidé de s’inviter à la rencontre.
A la clôture de la liste des intervenants, j’ai demandé au Président de séance l’autorisation de donner la parole, en tant que peul, à mes « petits fils » qui sont venus en intrus dans la salle. C’est à ce moment que celui qui semblait être le Chef nous déclare que c’est une délégation des forgerons du Cercle de Bandiagara, membre de « Fasso Noumou ». Il poursuit que leur association a entendu parler de la rencontre et de ses objectifs alors qu’il était sur le terrain et qu’ils ont alors décidé d’interrompre leur visite dans les villages pour nous apporter trois importants messages qui peuvent contribuer à l’apaisement des tensions et même à la recherche de solutions aux affrontements entre certains peuls et certains dogons.
Les messages qu’il nous a délivré sont : 
1°) Au cours de leur périple, ils ont eu à dire aux dogons comme aux peuls que le seul « bruit », qui signifie « querelle », qu’eux forgerons souhaitent entendre dans les villages est celui du marteau qui frappe l’enclume. D’où le transport de leur forge dans la salle pour passer le même message aux participants et aux leaders qui sont présents.
2°) Chaque fois qu’ils ont été informés du départ des peuls d’un village, les forgerons se mobilisent pour ramener ces peuls en signifiant aux responsables du village que ces peuls sont leurs peuls que les forgerons viennent confier aux dogons. Puis tous les forgerons comptent sur les dogons du village pour protéger les peuls qui retournent.
3°) Qu’eux forgerons en s’ajoutant aux bouas et aux bozos peuvent contribuer à l’accalmie et même à l’arrêt des affrontements dans tous les cercles de la Région de Mopti. Il ajoute que les forgerons, les bouas, les sonraïs et les bozos peuvent aller partout dans les cercles sans risque de se faire attaquer. Pour la simple raison qu’aucun peul, de sang pur, ne peut refuser quelque chose que les forgerons et les bouas lui demandent. De même qu’aucun dogon, de sang pur, ne peut refuser les supplications d’un bozo ou d’un forgeron.
L’association des forgerons vient simplement nous rappeler que les porteurs des acquis de notre patrimoine culturel, à défaut d’avoir des kalachs où autres engins de mort, peuvent aider à ramener l’accalmie afin que les maliennes et maliens retrouvent leurs esprits, leur savoir être et surtout se parlent et s’écoutent pour sauver et construire ensemble la paix et le futur du pays.

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