L’identité n’est dangereuse que lorsqu’elle devient exclusive

Par la naissance, chacun de nous porte un nom de famille qui l’identifie. Ensuite, à l’occasion d’un baptême rituel, un prénom nous donne une identité par rapport aux autres membres de la famille. Dans certaines communautés ont y ajoute le nom du père pour distinguer les homonymes de la même famille. En sortant du cadre familial, chacun porte un nom, dont il est fier, qui renvoie très souvent à une appartenance ethnique. Ce nom de famille nous distingue sans forcément nous opposer aux autres. Le mot forcément indique qu’il y a toujours des risques si cette identité comme toutes les autres identités, qu’elles soient communautaires, professionnelles, partisanes ou territoriales, ne sont pas assumées et gérées. Assumer son identité et respecter celle des autres permet d’éviter toutes les tentatives de manipulation sectaire.
Chacun de nous a aussi plusieurs identités qui ne s’excluent pas et d’ailleurs que nous revendiquons. Du point de vue de l’identité, au Mali, nous sommes tous des métis. Peul, Banaman, Dogon, Soninké, etc... sont mélangés dans nos ménages et familles. Que nous soyons du Plateau dogon, du Wassulu, de l’Azawad, du Kénédugu, du Macina, du Centre, du Nord, du Sud ou de l’Est, etc.... du pays ne gêne en rien notre identité malienne et africaine. La globalisation du monde en cours, avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication, fait que chacun de nous devient progressivement un citoyen actif ou passif du monde.
L’identité devient un problème dès qu’elle se prétend et se revendique exclusive, c’est à dire seule et supérieure aux autres identités.  D’où l’importance et l’urgence de nous mobiliser pour l’acceptation de notre identité plurielle, comme cela a été le cas pour l’instauration du pluralisme politique. C’est là un combat de plus pour l’unité et la paix, gage de la stabilité durable de notre pays et de notre nation. L’uniformisation des sociétés, des pays et du monde me paraît une bataille perdu d’avance dans la durée.
Nos coutumes ont instauré des modalités de gestion de la cohabitation conviviales des identités qui n’ont jamais été un problème ou une source de division dans notre nation. C’est un des atouts précieux pour l’unité, le vivre ensemble et la paix. Le « Sinankuya », en instaurant un pacte de non agression entre deux ou plusieurs communautés, ethniques, professionnelles et territoriales, a été créé et est encore utilisé dans cet objectif. Ceci a permis d’éviter que des communautés voisines s’affrontent en raison de leur particularisme sur les instigations des manipulateurs en mal de leadership. Plus près de nous, l’instauration du pluralisme politique a permis l’insertion, en 1995, de la double nationalité dans le code de la nationalité du Mali. C’est une reconnaissance formelle que nos compatriotes issus de la diaspora sont à part entière de la nation. Le but politique était le renforcement de l’unité de notre pays.
A l’occasion du processus de dialogue national pour sortir notre pays de la crise, il importe de mettre en débat la création d’un pacte « Djo » ou « Sinankuya » entre tous les maliens dans le but d’éviter la manipulation des identités communautaires et territoriales pour des projets personnels et sectaires. Cette proposition peut être concrétisée par l’insertion dans notre, je dis bien notre Constitution d’un serment que tout citoyen malien, à un âge à déterminer et une circonstance à trouver, doit prêter. Toute violation de ce serment devra être assortie d’une sanction sociale et morale stigmatisante pour soi, sa famille et sa communauté. C’est un moyen pour réconcilier la République, les familles et les communautés.

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