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Comment je vois le dialogue pour la paix et la stabilité au Mali

Depuis l’invasion de notre pays par des groupes armés, qui utilisent l’islam comme argument pour faire la guerre contre l’Etat et toutes ses représentations sur le territoire national, la question du dialogue avec ces nouveaux promoteurs de la «  djihâd  » s’est posée. Pendant longtemps, l’opinion publique a semblé détachée voire indifférente. Mais depuis la conférence d’entente nationale (2017), il est apparu clairement que la majorité des participants, qui se sont exprimés, n’était pas défavorable à la négociation avec des leaders comme Iyad Ag Agaly et Hamadoun Koufa. La phase finale du dialogue national inclusif (2019) a fini par montrer que l’opinion en majorité était partisane du dialogue. Donc la question faut-il négocier est définitivement répondue. Cependant deux questions majeures restent à éclaircir avant d’aller à ces négociations. La première question est : avec qui négocier ? Au-delà de Iyad Ag Ali et de Hamadoun Koufa qui semblent être...

Lettre à mes frères et sœurs de la région de Mopti

Mes chèr(e)s frères et sœurs Comme vous toutes et tous, je suis meurtri par la succession des massacres dans nos villages, communes, cercles. Comme tout le monde, je me sens un peu dépassé et même désemparé par la cruauté et la fréquence des attaques de toutes natures. Mais en tant que ressortissant de la zone et malgré nos peines et souffrances personnelles, je demande à toutes et à tous de ne céder ni au désespoir, ni à la passion, ni au découragement. Nous avons l’obligation de nous mobiliser davantage pour être aux avant-postes des initiatives pour le retour de la sécurité, de la paix, de la stabilité et du vivre ensemble dans l’harmonie et le respect mutuel qui a fait la réputation de notre région. Nous devons avant tout nous départir de l’enfermement communautariste. Un sage disait que «  l’identité n’est dangereuse que lorsqu’elle devient exclusive  ». Dans la tragédie en cours, aucune communauté de la zone ne gagnera contre l’autre. Au contraire, ce sont toutes le...

Les collectivités locales sont des actrices majeures de l’instauration de la sécurité et de la paix durable au Sahel

Les communautés doivent être au centre de la doctrine des stratégies sécuritaires… Les nouvelles formes d’insécurité au Sahel, au Mali et au Burkina particulièrement, marquées entre autres par une rupture de la confiance entre des communautés locales de mieux en mieux informées et des Etats tombés en désuétude, appellent à un renouvellement de la doctrine pour avoir des réponses durables. La nouvelle doctrine devrait avoir comme axe majeur la place centrale des collectivités locales dans la sécurisation de leur territoire. Dans le contexte actuel, les forces de « police nationale » seules ne peuvent plus assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur tous les territoires locaux. Ce gros handicap a ouvert la voie à l’émergence de milices communautaires qui font office de groupes d’autodéfense dans les villages. Ces initiatives prisent par les communautés, ou avec leur assentiment, finissent par défier l’Etat dans l’exercice de ses prérogatives régaliennes. La...

Discours de Monsieur Bakara DIALLO à son installation comme premier gouverneur de la Région de Gao[1] en 1961

Le Mali est à une étape cruciale de la construction de son avenir, d’où l’impérieuse nécessité d’explorer la profondeur historique afin arrêter les choix futurs. Au moment où les maliennes et les maliens se préparent à échanger sur les grands choix nationaux, j’ai eu la chance de trouver le discours de Monsieur Bakara Diallo, un des pères fondateurs de la République du Mali, à l’occasion de son installation comme premier gouverneur de la Région de Gao en juillet 1961. C’est avec un réel plaisir que je partage ce discours visionnaire dont la pertinence est encore d’actualité. Personnellement, j’ai le regret de n’avoir jamais eu l’occasion d’échanger avec ce GRAND HOMME. Lisez plutôt : «  Monsieur le Ministre, Monsieur les membres de la délégation du Bureau politique national,  Maliennes et Maliens de la Région de Gao L’honneur me revient de prendre la parole au nom des délégations des cercles de la région Gao pour répondre aux paroles bien heureuses, que le Président...

L’identité n’est dangereuse que lorsqu’elle devient exclusive

Par la naissance, chacun de nous porte un nom de famille qui l’identifie. Ensuite, à l’occasion d’un baptême rituel, un prénom nous donne une identité par rapport aux autres membres de la famille. Dans certaines communautés ont y ajoute le nom du père pour distinguer les homonymes de la même famille. En sortant du cadre familial, chacun porte un nom, dont il est fier, qui renvoie très souvent à une appartenance ethnique. Ce nom de famille nous distingue sans forcément nous opposer aux autres. Le mot forcément indique qu’il y a toujours des risques si cette identité comme toutes les autres identités, qu’elles soient communautaires, professionnelles, partisanes ou territoriales, ne sont pas assumées et gérées. Assumer son identité et respecter celle des autres permet d’éviter toutes les tentatives de manipulation sectaire. Chacun de nous a aussi plusieurs identités qui ne s’excluent pas et d’ailleurs que nous revendiquons. Du point de vue de l’identité, au Mali, nous sommes tous des m...

Pour un Mali ré-uni et en paix, pourquoi ne pas envisager une 4èmeRepublique ?

La crise que vit le pays est structurelle et sans précédent  Nous devons cesser de prendre les crises successives que connaît notre pays, depuis son indépendance, comme de simples accidents de parcours dont il suffit de réparer les dégâts  avant de poursuivre  dans la même direction. La gravité inédite de la crise en cours révèle en fait de profonds et anciens dysfonctionnements institutionnels, économiques et sociaux que les réformes pensées par les élites politiques et institutionnelles seules ne réussiront pas à corriger. L’Etat perd tous les jours, un peu plus, le contrôle effectif du territoire national au profit de divers groupes armés. La légitimité des institutions, à commencer par le Président de la République, des leaders politiques et des organisations de la société civile est régulièrement et de plus en plus violemment contestée. La justice, l’administration publique et les forces armées et de sécurité n’inspirent plus confiance. Pire, le vivre ensemble con...

Le dialogue national ne doit plus se résumer en une consultation à Bamako, mais être un processus d’écoute et d’échange qui part de toutes les communes du pays

Malgré toutes les réformes engagées, le Mali reste confronté, depuis son indépendance, aux défis grandissants de la fragilité de ses institutions, de l’inefficacité de l’action publique et de la dépendance économique. Une rétrospective du processus de construction de l’État post-indépendance et de sa gestion révèle que notre pays est confronté à une instabilité chronique. Le coup d’État de mars 2012 a mis à nu le profond dysfonctionnement de la gouvernance publique (politico-institutionnelle, économique et même sociale) qui ne peut que s’aggraver si une refondation de la gestion des affaires publiques n’est pas envisagée. Nous devons cesser d’appréhender les crises successives comme de simples accidents de parcours dont il faut réparer les dégâts avant de poursuivre dans la même direction. Elles révèlent des dysfonctionnements profonds qui méritent que l’on s’attaque plus aux causes qu’aux conséquences. Certaines causes plongeant leurs racines dans les choix de départ de la construc...