Articles

Affichage des articles associés au libellé Les nouvelles du pays

C’est l’impunité et non la démocratie qui ruine le Mali

J’entends des personnes, pas seulement les moins avisées, dirent que les malheurs de notre pays viennent du choix de la démocratie à partir de 1991. Je me suis toujours demandé s’il s’agit bien du Mali dans lequel je vis et que je connais. À l’écoute de cette contre-vérité, j’ai longtemps secoué la tête en me disant que ces personnes sont soit mal informées, soit de mauvaise foi. Mais lorsque ce mensonge grossier prend l’allure d’une vérité, à force de matraquages politiciens et médiatiques, ne pas rétablir les faits prendrait l’allure d’une complicité. Témoigner sur ce que j'ai vu et vécu devient un devoir. De la loi cadre de 1957 accordant l’autonomie au Soudan Français, au déclenchement de la révolution active, les soudanais, puis les néo-maliens ont jouit des libertés publiques. La Constitution de 1960, dans son titre premier, a consacré la démocratie et le pluralisme politique. C’est le Comité national de défense de la révolution (CNDR), créé par l’aile gauche de l'US-RDA,...

Entre le Mali contemporain et l’Etat décentralisé, c’est une longue histoire de promesses non encore tenues

Bakara Diallo, militant et cadre éminent, de l’USRDA et proche collaborateur du  Président Modibo Keita,  a déclaré à son investiture comme premier gouverneur de la région de Gao en juillet 1961 que : « l’institution des régions [1] , qui comme tout le monde le sait, consacre la politique de large décentralisation administrative, à laquelle l’Union Soudanaise et son gouvernement ont donné leur choix comme étant la seule pouvant convenir à un pays aussi vaste et aussi divers que le Mali » et d’ajouter que « la décentralisation s’impose au Mali comme une nécessité à laquelle on ne peut, en toute objectivité, que se pilier ».   S’adressant aux participants, à la clôture du séminaire sur la planification décentralisée, en février 1987 à Gao le  Général Président Moussa Traoré  et Secrétaire général de l’UDPM a déclaré : « enfin vous avez su dépasser l’argument facile lié au manque de préparation des populations pour la gestion de leurs affaires, le risque ...

Une seule identité, une seule langue et un seul territoire, ce n’est pas malien

A l’indépendance de notre pays, la doctrine moniste, hérité de la France, a été reconduite. Pour les tenants de cette doctrine, l’existence de plusieurs ethnies, langues et territoires est un obstacle à la réalisation d’une unité nationale solide. Tout citoyen malien doit être malien avant tout et aussi malien tout court. Le français devient l’unique langue d’administration et d’enseignement du pays. Le territoire national est la seule échelle qui fait l’objet de toutes les attentions pour la préparation et la mise en œuvre des programmes de développement. Ainsi, toutes nos stratégies de développement sont restées territorialement « aveugles ». Le paradoxe dans le maintien de cette culture « réduisant tout ensemble en un » est que l’Empire du Mali, dont le nom a été donné à la nouvelle république et les autres empires médiévaux, dont nous sommes si fiers, ont existé des siècles durant dans la pluralité des ethnies, des langues, des territoires autonomes et même des r...

Les leçons à retenir des fréquentes ruptures politiques au Mali

A chaque fois que les forces armées et de sécurité se sont emparées du pouvoir politique au Mali, en jouant les 3ème larrons, c’est parce que les leaders politiques n’ont pas été capables de faire les compromis nécessaires au fonctionnement régulier de la République, de l’Etat et de la démocratie. En 1968, le Lieutenant Moussa Traoré et ses compagnons du Comité    Militaire de libération Nationale (CMLN) ont fait leur coup d’Etat dans un contexte de grande confusion politique à la suite de la création, sous la poussée de l’aile radicale de l’US-RDA, du Comité National de Défense de la Révolution (CNDR) après avoir dissout l’Assemblee nationale. La confrontation idéologique entre le clan des « durs » et celui des « modérés », a abouti à l’instauration de la « révolution active ». Cette fracture politique, au sein du parti unique de fait, a révélé l’incapacité des dirigeants à trouver un compromis qui sauvegarde le régime. Ceci a ouvert la voie à la...

Mon interview dans le quotidien national du Mali « Essor »

  Question : Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique de notre pays ? Ousmane Sy :  Comme tous les Maliens, je suis très préoccupé par l’évolution de la situation de notre pays. Parce que c’est une situation de crises qui s’aggrave de jour en jour. Cependant, je fais partie de ceux qui ne sont pas surpris par cette crise. Quand on analyse la trajectoire politique de notre pays, de son indépendance jusqu’à aujourd’hui, elle est caractérisée par une série de crises. Globalement, depuis la République soudanaise en 1958 jusqu’à aujourd’hui, pratiquement tous les dix ans, plus ou moins deux, nous avons eu une crise dans ce pays, des ruptures. Ce sont les grosses crises, mais quand on regarde entre ces crises, il y a eu des petites crises. Donc, je ne suis pas surpris par cette crise ni par sa profondeur. Parce que nous n’avons pas réussi à apporter des réponses durables à ces crises répétitives. Nous avons surtout cherché à gagner du temps jusqu’à...

Le Mali est condamné à sortir des ruptures qui entretiennent des permanences

Au gré de mes lectures, je suis tombé sur l’extrait d’un discours prononcé en 1967 par Modibo Keita, le premier Président de la République du Mali,. Cet extrait a été rapporté par Cheick Oumar Diarra dans son livre « le Mali de Modibo Keita ». Pour ceux qui ne savent pas où qui ne se souviennent plus, 1967 est l’année d’exacerbation des contradictions et des oppositions entre les deux tendances au sein de l’USRDA. La première comprenait ceux qui étaient considérés comme la « droite du parti » et la deuxième, quant à elle, regroupait autour de Modibo Keita, lui-même, les partisans du « socialisme malien » appelés « fer de lance » du Parti. L’année 1967 c’est aussi celle de la « révolution active » qui entraina la dissolution du Bureau Politique National (BPN) et de l’Assemblée National remplacée par le Comité National de Défense de la Résolution (CNDR). Le Président Modibo Keita qui devait subir le premier putsch militaire quelques mois p...

Les réminiscences d’un confiné (2)

Thierno Bocar considérait le pouvoir comme une drogue puissante qui peut se révéler dangereuse entre des mains inexpérimentées. Il racontait à cet égard la parabole pleine d'humour « le trône et le garçon boucher » qui, hélas, n'a rien perdu de son actualité : « Un jour, un volcan se mit à vomir du feu pour châtier les hommes de leur iniquité. Ce feu se répandit sur toute l'étendue d'un vaste pays, consuma tout et fit périr les derniers des hommes valeureux de ce royaume, ne laissant que quelques survivants. Un ver bizarre et tout hérissé de poils, qui vivait jusqu'alors dans les entrailles de la terre, se trouva projeté sur le trône d'or du monarque, dans une salle du palais miraculeusement restée intacte. Atterrissant sur le trône royal, il y trouva une vilaine mouche de fosse d'aisances. La mouche dit au ver : « Coquin, vulgaire citoyen des souterrains obscurs, que viens-tu faire sur ce trône ? Va au large ou je te fais envoyer en pâture aux citoyens...

Comment je vois le dialogue pour la paix et la stabilité au Mali

Depuis l’invasion de notre pays par des groupes armés, qui utilisent l’islam comme argument pour faire la guerre contre l’Etat et toutes ses représentations sur le territoire national, la question du dialogue avec ces nouveaux promoteurs de la «  djihâd  » s’est posée. Pendant longtemps, l’opinion publique a semblé détachée voire indifférente. Mais depuis la conférence d’entente nationale (2017), il est apparu clairement que la majorité des participants, qui se sont exprimés, n’était pas défavorable à la négociation avec des leaders comme Iyad Ag Agaly et Hamadoun Koufa. La phase finale du dialogue national inclusif (2019) a fini par montrer que l’opinion en majorité était partisane du dialogue. Donc la question faut-il négocier est définitivement répondue. Cependant deux questions majeures restent à éclaircir avant d’aller à ces négociations. La première question est : avec qui négocier ? Au-delà de Iyad Ag Ali et de Hamadoun Koufa qui semblent être...

Discours de Monsieur Bakara DIALLO à son installation comme premier gouverneur de la Région de Gao[1] en 1961

Le Mali est à une étape cruciale de la construction de son avenir, d’où l’impérieuse nécessité d’explorer la profondeur historique afin arrêter les choix futurs. Au moment où les maliennes et les maliens se préparent à échanger sur les grands choix nationaux, j’ai eu la chance de trouver le discours de Monsieur Bakara Diallo, un des pères fondateurs de la République du Mali, à l’occasion de son installation comme premier gouverneur de la Région de Gao en juillet 1961. C’est avec un réel plaisir que je partage ce discours visionnaire dont la pertinence est encore d’actualité. Personnellement, j’ai le regret de n’avoir jamais eu l’occasion d’échanger avec ce GRAND HOMME. Lisez plutôt : «  Monsieur le Ministre, Monsieur les membres de la délégation du Bureau politique national,  Maliennes et Maliens de la Région de Gao L’honneur me revient de prendre la parole au nom des délégations des cercles de la région Gao pour répondre aux paroles bien heureuses, que le Président...

Quand des acteurs locaux se mobilisent pour la paix

Suite aux malheureux et graves affrontements qui ont eu lieu dans le cercle de Bandiagara, les ressortissants regroupés dans l’Association pour le Développement du Cercle de Bandiagara (ADB) ont décidé d’envoyer une mission de prise de contacts avec les acteurs locaux afin de contribuer à l’apaisement et surtout la recherche de solutions venant des acteurs de proximité. En tant qu’un des présidents d’honneur de l’Association, j’ai été membre de cette délégation.  Au cours d’une rencontre qui s’est tenue, le samedi 30 mars 2019 au Conseil de Cercle, nous avons assisté à une importante prise de parole que j’ai souhaité partager. Après le démarrage des échanges, le modérateur que j’étais a vu un groupe d’environ cinq à six personnes rentrer dans la salle et installer dans l’allée centrale une enclume, des soufflets, des marteaux, des pinces et autres instruments de travail. N’étant pas informé de cette incursion assez inattendue, j’ai demandé à un des organisateurs d’aller s’informer ...

Un regard rétrospectif pour ne jamais oublier le passé[1]

Image
Le Soudan français, qui était l’appellation du Mali actuel, est une colonie constituée par la France à partir des anciens Etats du Kénédugu de Babemba Traoré, d'Ahmadou Cheick Oumar Tall de Ségou, et de Samory Touré, contre lesquels les troupes commandées par Joseph Gallieni, Gustave Borgnis-Desbordes puis Louis Archinard menèrent plusieurs expéditions guerrières, jusqu'en 1890.  Le décret du 18 août 1890 transforme l'extension territoriale du Sénégal, à l’époque, désignée sous le nom de  Haut-Fleuve  en une entité́ administrative qui prend le nom de Soudan français, avec Kayes comme capitale. A la tête de la nouvelle colonie un Commandant supérieur a été nommé. Il détient les pouvoirs administratifs et financiers mais relève toutefois encore du Gouverneur du Sénégal, sans l'adhésion duquel il ne peut engager aucune action politique.  Le décret du 27 août 1892 fait du Soudan français une colonie pleinement autonome qui est alors placée sous l'autorité́ d...

Le G5 Sahel, mettons tous les agendas sur la table !!!

Les initiatives du « G5 Sahel » concernent certes le Sahel…. Depuis plus de deux ans, cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), soutenus par un leadership très engagé de la France, ont décidé de mutualiser leurs forces armées et de sécurité pour faire face à la déstabilisation de leur État respectif. Sous la pression d’une nébuleuse de groupes politico-religieux qui prétendent « libérer » leurs communautés ou faire le jihad, le Sahel devient progressivement un hub international pour le terrorisme et tous les trafics illicites (drogues, armes et migrants). Une insécurité grandissante s’installe, non seulement pour les sahéliens et leurs voisins immédiats, mais aussi pour les européens qui craignent les attentats et l’invasion des migrants sahéliens et africains. Les Chefs d’État du Sahel, coachés par le Président de la France, se sont lancés dans des initiatives de mobilisation des financements internationaux pour entreprendre les opé...