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Affichage des articles associés au libellé A propos de la gouvernance

Entre le Mali contemporain et l’Etat décentralisé, c’est une longue histoire de promesses non encore tenues

Bakara Diallo, militant et cadre éminent, de l’USRDA et proche collaborateur du  Président Modibo Keita,  a déclaré à son investiture comme premier gouverneur de la région de Gao en juillet 1961 que : « l’institution des régions [1] , qui comme tout le monde le sait, consacre la politique de large décentralisation administrative, à laquelle l’Union Soudanaise et son gouvernement ont donné leur choix comme étant la seule pouvant convenir à un pays aussi vaste et aussi divers que le Mali » et d’ajouter que « la décentralisation s’impose au Mali comme une nécessité à laquelle on ne peut, en toute objectivité, que se pilier ».   S’adressant aux participants, à la clôture du séminaire sur la planification décentralisée, en février 1987 à Gao le  Général Président Moussa Traoré  et Secrétaire général de l’UDPM a déclaré : « enfin vous avez su dépasser l’argument facile lié au manque de préparation des populations pour la gestion de leurs affaires, le risque ...

Je plaide pour une Constitution qui institue une 4ème République

 La validité d’une constitution dépend non seulement de son contenu, mais aussi du processus de consultation populaire qui précède son adoption. Il est venu le temps de rompre avec les habitudes du passé où le contenu des constitutions n’est porté à l’attention du grand public que quelques semaines avant une soumission au seul vote de l’Assemblée nationale et l’adoption par référendum. En dehors de la parenthèse de la Conférence nationale de 1991 et des foras politiques régionaux et du forum national de 1998, les procédés qui permettent d’associer toutes les composantes de la nation à l’élaboration ou la réforme des constitutions sont restées du domaine de la caricature.  Très souvent les choix politico-institutionnels et juridiques, qui fondent nos constitutions ne sont mis en débat que dans des cercles restreints des responsables politiques et des spécialistes du droit. La caution populaire n’intervient que dans la phase d’adoption par le référendum, au cours duquel les élec...

Une seule identité, une seule langue et un seul territoire, ce n’est pas malien

A l’indépendance de notre pays, la doctrine moniste, hérité de la France, a été reconduite. Pour les tenants de cette doctrine, l’existence de plusieurs ethnies, langues et territoires est un obstacle à la réalisation d’une unité nationale solide. Tout citoyen malien doit être malien avant tout et aussi malien tout court. Le français devient l’unique langue d’administration et d’enseignement du pays. Le territoire national est la seule échelle qui fait l’objet de toutes les attentions pour la préparation et la mise en œuvre des programmes de développement. Ainsi, toutes nos stratégies de développement sont restées territorialement « aveugles ». Le paradoxe dans le maintien de cette culture « réduisant tout ensemble en un » est que l’Empire du Mali, dont le nom a été donné à la nouvelle république et les autres empires médiévaux, dont nous sommes si fiers, ont existé des siècles durant dans la pluralité des ethnies, des langues, des territoires autonomes et même des r...

Mon interview dans le quotidien national du Mali « Essor »

  Question : Quelle lecture faites-vous de la situation sociopolitique de notre pays ? Ousmane Sy :  Comme tous les Maliens, je suis très préoccupé par l’évolution de la situation de notre pays. Parce que c’est une situation de crises qui s’aggrave de jour en jour. Cependant, je fais partie de ceux qui ne sont pas surpris par cette crise. Quand on analyse la trajectoire politique de notre pays, de son indépendance jusqu’à aujourd’hui, elle est caractérisée par une série de crises. Globalement, depuis la République soudanaise en 1958 jusqu’à aujourd’hui, pratiquement tous les dix ans, plus ou moins deux, nous avons eu une crise dans ce pays, des ruptures. Ce sont les grosses crises, mais quand on regarde entre ces crises, il y a eu des petites crises. Donc, je ne suis pas surpris par cette crise ni par sa profondeur. Parce que nous n’avons pas réussi à apporter des réponses durables à ces crises répétitives. Nous avons surtout cherché à gagner du temps jusqu’à...

Les dirigeants africains doivent apprendre à négocier avec leur peuple....

Après avoir été soumis, pendant des décennies, à des systèmes politiques, administratifs et économiques dirigistes, les peuples africains ont de plus en plus accès aux libertés de s’administrer, de s’associer, de s’exprimer, d’entreprendre et de culte. En plus, l’accès facile et généralisé aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (téléphone, radio, télévision et réseaux sociaux) ont aussi contribué à élargir les espaces de liberté.  Les peuples, surtout dans leur composante rurale, longtemps maintenus dans l’ignorance, l’oppression et la résignation acceptent de moins en moins la soumission et ils sortent du fatalisme. Ils revendiquent d’être un partenaire qu’il faut écouter, consulter et à qui compte doit être rendu. Tout ce que les dirigeants, même dit « démocrates » ne savent pas encore faire. D’où les frustrations, les révoltes et les rebellions qui conduisent à des crises de plus en plus graves et souvent sans issues. Face à ces évolutions, ...

Les réminiscences d’un confiné (2)

Thierno Bocar considérait le pouvoir comme une drogue puissante qui peut se révéler dangereuse entre des mains inexpérimentées. Il racontait à cet égard la parabole pleine d'humour « le trône et le garçon boucher » qui, hélas, n'a rien perdu de son actualité : « Un jour, un volcan se mit à vomir du feu pour châtier les hommes de leur iniquité. Ce feu se répandit sur toute l'étendue d'un vaste pays, consuma tout et fit périr les derniers des hommes valeureux de ce royaume, ne laissant que quelques survivants. Un ver bizarre et tout hérissé de poils, qui vivait jusqu'alors dans les entrailles de la terre, se trouva projeté sur le trône d'or du monarque, dans une salle du palais miraculeusement restée intacte. Atterrissant sur le trône royal, il y trouva une vilaine mouche de fosse d'aisances. La mouche dit au ver : « Coquin, vulgaire citoyen des souterrains obscurs, que viens-tu faire sur ce trône ? Va au large ou je te fais envoyer en pâture aux citoyens...

Comment je vois le dialogue pour la paix et la stabilité au Mali

Depuis l’invasion de notre pays par des groupes armés, qui utilisent l’islam comme argument pour faire la guerre contre l’Etat et toutes ses représentations sur le territoire national, la question du dialogue avec ces nouveaux promoteurs de la «  djihâd  » s’est posée. Pendant longtemps, l’opinion publique a semblé détachée voire indifférente. Mais depuis la conférence d’entente nationale (2017), il est apparu clairement que la majorité des participants, qui se sont exprimés, n’était pas défavorable à la négociation avec des leaders comme Iyad Ag Agaly et Hamadoun Koufa. La phase finale du dialogue national inclusif (2019) a fini par montrer que l’opinion en majorité était partisane du dialogue. Donc la question faut-il négocier est définitivement répondue. Cependant deux questions majeures restent à éclaircir avant d’aller à ces négociations. La première question est : avec qui négocier ? Au-delà de Iyad Ag Ali et de Hamadoun Koufa qui semblent être...

Les collectivités locales sont des actrices majeures de l’instauration de la sécurité et de la paix durable au Sahel

Les communautés doivent être au centre de la doctrine des stratégies sécuritaires… Les nouvelles formes d’insécurité au Sahel, au Mali et au Burkina particulièrement, marquées entre autres par une rupture de la confiance entre des communautés locales de mieux en mieux informées et des Etats tombés en désuétude, appellent à un renouvellement de la doctrine pour avoir des réponses durables. La nouvelle doctrine devrait avoir comme axe majeur la place centrale des collectivités locales dans la sécurisation de leur territoire. Dans le contexte actuel, les forces de « police nationale » seules ne peuvent plus assurer la sécurité des personnes et de leurs biens sur tous les territoires locaux. Ce gros handicap a ouvert la voie à l’émergence de milices communautaires qui font office de groupes d’autodéfense dans les villages. Ces initiatives prisent par les communautés, ou avec leur assentiment, finissent par défier l’Etat dans l’exercice de ses prérogatives régaliennes. La...

Discours de Monsieur Bakara DIALLO à son installation comme premier gouverneur de la Région de Gao[1] en 1961

Le Mali est à une étape cruciale de la construction de son avenir, d’où l’impérieuse nécessité d’explorer la profondeur historique afin arrêter les choix futurs. Au moment où les maliennes et les maliens se préparent à échanger sur les grands choix nationaux, j’ai eu la chance de trouver le discours de Monsieur Bakara Diallo, un des pères fondateurs de la République du Mali, à l’occasion de son installation comme premier gouverneur de la Région de Gao en juillet 1961. C’est avec un réel plaisir que je partage ce discours visionnaire dont la pertinence est encore d’actualité. Personnellement, j’ai le regret de n’avoir jamais eu l’occasion d’échanger avec ce GRAND HOMME. Lisez plutôt : «  Monsieur le Ministre, Monsieur les membres de la délégation du Bureau politique national,  Maliennes et Maliens de la Région de Gao L’honneur me revient de prendre la parole au nom des délégations des cercles de la région Gao pour répondre aux paroles bien heureuses, que le Président...

L’identité n’est dangereuse que lorsqu’elle devient exclusive

Par la naissance, chacun de nous porte un nom de famille qui l’identifie. Ensuite, à l’occasion d’un baptême rituel, un prénom nous donne une identité par rapport aux autres membres de la famille. Dans certaines communautés ont y ajoute le nom du père pour distinguer les homonymes de la même famille. En sortant du cadre familial, chacun porte un nom, dont il est fier, qui renvoie très souvent à une appartenance ethnique. Ce nom de famille nous distingue sans forcément nous opposer aux autres. Le mot forcément indique qu’il y a toujours des risques si cette identité comme toutes les autres identités, qu’elles soient communautaires, professionnelles, partisanes ou territoriales, ne sont pas assumées et gérées. Assumer son identité et respecter celle des autres permet d’éviter toutes les tentatives de manipulation sectaire. Chacun de nous a aussi plusieurs identités qui ne s’excluent pas et d’ailleurs que nous revendiquons. Du point de vue de l’identité, au Mali, nous sommes tous des m...

Pourquoi et comment le Mali doit être régionalisé

Le Mali, comme la plupart des pays sahéliens, est confronté à des défis persistants qui se complexifient en raison des immobilises dans la gestion des affaires publiques. La raison principale de ces immobilismes est due à la faible intelligence stratégique par rapport aux mutations en cours dans le pays, en Afrique et dans le monde. La mauvaise gouvernance constamment évoquée depuis de longues années et les crises socio-politiques répétitives, qui n’en sont que les conséquences, renvoient à des causes profondes comme la non prise en compte de la dynamique des territoires dans la gestion des affaires publiques.   Depuis plusieurs décennies [1] , les décideurs publics ont été alertés sur la place centrale des territoires régionaux et locaux dans la recherche de réponses aux crises multiformes et surtout aux défis de la stabilité et du développement qui interrogent la nation malienne. Des initiatives de réforme, comme la décentralisation, ont mobilisé dans un grand enthousiasme les...