Une seule identité, une seule langue et un seul territoire, ce n’est pas malien

A l’indépendance de notre pays, la doctrine moniste, hérité de la France, a été reconduite. Pour les tenants de cette doctrine, l’existence de plusieurs ethnies, langues et territoires est un obstacle à la réalisation d’une unité nationale solide. Tout citoyen malien doit être malien avant tout et aussi malien tout court. Le français devient l’unique langue d’administration et d’enseignement du pays. Le territoire national est la seule échelle qui fait l’objet de toutes les attentions pour la préparation et la mise en œuvre des programmes de développement. Ainsi, toutes nos stratégies de développement sont restées territorialement « aveugles ».

Le paradoxe dans le maintien de cette culture « réduisant tout ensemble en un » est que l’Empire du Mali, dont le nom a été donné à la nouvelle république et les autres empires médiévaux, dont nous sommes si fiers, ont existé des siècles durant dans la pluralité des ethnies, des langues, des territoires autonomes et même des religions. Plusieurs communautés ethniques et religieuses ont cohabité en harmonie sur des territoires de statuts différents en utilisant chacune leur langue dans un respect réciproque. Aujourd’hui encore, malgré les évolutions et les réticences politiques et administratives qui persistent, la nation malienne a conservé le respect de la pluralité dans beaucoup d’aspects de sa vie quotidienne.

Cependant pour l’Etat et ses institutions, l’identité ethnique est encore suspectée d’entretenir les germes du communautarisme. L’officialisation des langues nationales et leur utilisation dans l’enseignement sont bloquées en raison de leur nombre. L’Etat préfère utiliser les noms des chefs-lieux des circonscriptions administratives pour nommer les territoires régionaux et locaux ignorant, du coup, les appellations auxquels se réfèrent encore les communautés, au risque de laisser disparaître un aspect essentiel de notre patrimoine historique et géographique.

La vieille nation malienne est composée de différentes communautés ethniques, parlant chacune sa langue et très souvent celle de ses voisins et cohabitant sur des territoires multi-ethniques. Le Manding, le Pays bwa, le Pays Dogon, le Macina, le Gourma, le Haoussa, et… ont été et sont toujours peuplés par plusieurs ethnies qui se sont mélangées en gardant chacune son identité. C’est de cette diversité humaine et territoriale que l’Etat colonial et à sa suite l’Etat-Nation post colonial se sont toujours méfiées. Ils ont même tenté de combattre cette diversité pour une uniformisation faussement confondue avec un renforcement de l’unité. Les communautés ethniques, qui tiennent à leur identité, leur langue et leur territoire, ont toujours rejetté passivement ou par la révolte toutes les tentatives d’uniformisation. 

Les assises nationales de la refondation qui se profilent devraient être une occasion à ne pas rater pour régler le paradoxe du décalage entre une Nation plurielle et un État uniformisant afin d’avoir un Mali pacifier et stable. Il s’agit de donner une reconnaissance juridique à ce Mali humainement et territorialement divers et pluriel, mais uni autour des règles de vie commune que sont le « kelenya, le « sigui ka fo », le « fokaben », le « sinangouya » etc…


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