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Pour un Mali uni et stable, il ne suffit plus de réviser la constitution, il faut la refonder

A l’occasion d’un atelier organisé en mai 2008 à Lomé (Togo) par l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique (ARGA) sur le thème « L’Afrique en quête d’alternatives constitutionnelles innovantes », le Professeur Assane MBaye de l’Université  Cheikh Anta Diop de Dakar ne disait-il pas que le   procédé d’élaboration et d’adoption des constitutions issues des Conférences Nationales des années 1990 a fait croire qu’elles étaient véritablement une œuvre collective impliquant tous les segments de la nation et que, partant, les compromis qu’elles ont formalisés jouissaient d’une certaine intangibilité qui devait en assurer la durabilité et la préservation des processus de démocratisation contre les volontés individuelles.

L’Etat malien a des problèmes avec toutes ses communautés, pas seulement les peuls

La Nation malienne est pluricommunautaire [1] . Chaque malienne et malien, s’identifie d’abord par sa communauté ethnique (le nom porté) et il ou elle en est fier(e). Aujourd’hui encore, de par son nom, on est peul, bambara, bwa, soninké, songhaï et aussi malienne ou malien. La colonisation, à travers la reconnaissance des chefs autochtones qu’elle a trouvé en place ou souvent l’installation des nouveaux chefs choisis au sein les communautés, a utilisé la logique communautaire à son profit. Pour la réalisation de son projet politique et économique, le pouvoir colonial s’est appuyé sur ces pouvoirs locaux auxquels il a accordé des prérogatives. Les pères de l’indépendance, pensant libérer les communautés de l’oppression, ont combattu les chefs de canton considérés comme des relais ou suppôts de l’administration coloniale.

Sauvons l'Accord pour la paix et la réconciliation pendant qu'il est encore temps

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Mon parcours politique et professionnel m’a appris que le leader indique l’objectif à atteindre et les gestionnaires proposent le chemin le plus court et le moins coûteux pour l’atteindre. Ceci me fait percevoir l’Accord pour la paix et la réconciliation issu des pourparlers d’Alger et signé à Bamako comme un arrangement politique bâti autour d’un ESPRIT et d’une LETTRE. Construire un Mali uni, stable et prospère est l’esprit de l’Accord ; les réformes et les moyens à mobiliser pour y parvenir en sont la lettre.

La mauvaise gouvernance est la cause première de l’insécurité généralisée et persisante dans les pays du Sahel

En dépit des immenses progrès de l’humanité dans les domaines de la science et des technologies, la pauvreté devient endémique et s’approfondie dans les pays dit en développement. Le néo-libéralisme triomphant, bâti sur le principe de la primauté du marché sur l’Etat dans les régulations économiques et même sociales, a semblé triompher à l’échelle du monde. Mais les crises liées aux aléas du climat, aux migrations dues à la paupérisation et à la multiplication des conflits montrent les limites du modèle économique prôné par les institutions qui gouvernent le monde. En Afrique et particulièrement dans les pays du Sahel, les gestionnaires publiques sont de plus en plus désarmées face à la dégradation continue des environnements politiques, institutionnels, naturels et humains de leur territoire.

Il faut un traitement plus politique de l'Accord issu du processus d'Alger

L’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, dont le processus de signature par le gouvernement, les mouvements armes et la médiation internationale a été finalisé le 20 juin 2015, a ouvert une vraie opportunité pour le retour de la paix et de la stabilité dans notre pays. Une stabilité indispensable pour que le pays se consacre à son développement. Cet accord nous offre l’opportunité de sortir de la confrontation armée pour aller progressivement vers un dialogue politique, qui seul permet de construire l’avenir de la nation malienne dans la paix et la sérénité.

Mes propositions pour la préparation et la tenue de la Conférence d’Entente Nationale

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1. L’approche stratégique proposée : Les crises cycliques qui ont jalonné le septentrion de notre pays nécessitent un traitement politique. A cet égard, l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger, paraphé et signé en mai et en juin 2015 à Bamako, a prévu une Conférence d’Entente Nationale comme moyen de dégager les éléments d’une solution devant permettre de transcender les douloureuses épreuves occasionnées par ces crises répétitives en valorisant la contribution des différentes composantes de notre nation au renforcement de l’identité du pays et de promouvoir une véritable réconciliation nationale.

Pour une sortie de crise au Mali, les partenaires internationaux aussi doivent se remettre en cause

La crise profonde que vit le Mali, loin d'être un accident de parcours, est le résultat d’une série d’incohérences structurelles à la fois politiques, institutionnelles, économiques, voire sociales, dans lesquelles le pays s’est installé depuis plusieurs décennies. Les causes premières de ces incohérences doivent être recherchées dans des choix de gestion publique, certes validés par les autorités maliennes, mais le plus souvent, prescrits par les agences bilatérales et/ou multilatérales dénommées « partenaires au développement» avec l’accompagnement de leurs spécialistes et assistants techniques.